Des jeux pour apprendre la sexualité

Briser les tabous concernant l’orientation sexuelle, déconstruire les clichés liés au genre et ouvrir des portes vers une aide appropriée, voilà l’objectif du service de la Promotion de la santé et de l’égalité des chances d’Anderlecht. Pendant une semaine, des élèves de la troisième à la sixième secondaire ont participé à un parcours éducatif de deux heures, durant lequel ils abordent divers thèmes liés à la sexualité et aux relations affectives. En partenariat avec l’ASBL SIDA’SOS et de nombreuses associations de terrain, le projet veut ouvrir à la discussion.

A l’entrée de la salle, une charte est affichée. « On peut parler de tout ; on a le droit de ne pas être d’accord ; toutes les questions sont bonnes » et autres lignes de conduite soulignent le fait qu’ici, on a le droit de parler de choses dont on ne parle pas tous les jours. Des affiches de prévention contre les IST (infections sexuellement transmissibles) et contre le VIH ainsi que des représentations des organes sexuels viennent renforcer cette idée. Une dizaine de stands abordent chacun un thème différent tel que les relations amoureuses, le désir d’enfant, la première relation sexuelle ou comment les jeunes conçoivent leur couple. « En abordant aussi ces sujets en plus de la prévention contre le VIH et les IST, nous voulons faire passer un message positif », explique Sophie Peloux, coordinatrice prévention chez SIDA’SOS.

Au stand anatomie, où les jeunes apprennent à identifier les parties internes et externes des organes sexuels, Pauline, bénévole, explique que malgré les cours de biologie reçus à l’école, les ados manquent de connaissances sur le plaisir, la virginité ou le désir. « C’est pourtant important pour avoir confiance dans le couple », souligne-t-elle. Au stand suivant, on entend des éclats de rire, ce qui n’est pas étonnant puisqu’ici les élèves apprennent à placer un préservatif correctement. D’autres jeux et animations composent le parcours dont les jeunes ressortent apparemment ravis. « Après le parcours, ils doivent remplir un formulaire de satisfaction et le seul point négatif qui en ressort est qu’ils voudraient avoir plus de temps pour encore mieux découvrir les stands », explique Carine Staelens du service de la Promotion de la santé.

Quant à l’origine du projet, elle remonte à six ans. « Cette initiative est née d’un diagnostic fait par le bus Info-Santé qui sillonnait les rues d’Anderlecht à la rencontre de ses habitants, explique Carine Staelens. Suite aux thèmes que les gens voulaient aborder et les questions que les jeunes se posaient, nous avons voulu créer un endroit où il est possible de parler de ces sujets tabous. » L’événement annuel dispose d’un budget de 4.300 euros venant de la commune et de la Région bruxelloise.

Ce parcours a aussi lieu à Ixelles, à la Ville de Bruxelles et à Molenbeek. « Une concertation au sein des quatre communes permet de créer une cohérence dans le projet et surtout d’améliorer chaque année les ateliers et les jeux du parcours, raconte Sophie Peloux. C’est aussi cela qui permet d’ouvrir la discussion, de déconstruire les préjugés et de ne pas montrer que le côté négatif et préventif du sexe. »

«On n’en parle pas assez»

Andrea, 19 ans, est en cinquième secondaire. « On n’en parle pas assez d’habitude. Ici, on nous apprend des tas de choses sur le VIH, les IST et à qui on peut demander de l’aide en cas de souci. Après avoir suivi le parcours, on se sent rassurés et protégés, parce que nous savons que nous pouvons être suivis par un planning familial et d’autres organisations avant et après des relations sexuelles. »

S’il n’est pas toujours évident d’aborder ce genre de sujets, cela ne constitue pas une barrière ici, explique Ardita, 17 ans, également en cinquième. « Au début, c’est un peu gênant. Puis, on parle, on se lâche et on pose nos questions. » Ce que confirme Alex, 19 ans : « Il y a des questions ouvertes, tout comme des questions plus sensibles. Dans tous les cas, elles sont abordées avec humour. Cela ouvre des portes pour discuter. »

Le jeune homme souligne également le caractère éducatif du parcours : « En nous apprenant tout cela, on nous permet de prendre conscience de l’importance de respecter l’autre. » Ce à quoi Ardita ajoute qu’en plus d’être bien expliqué, il est important pour elle d’avoir cette information à son âge. « C’est utile pour plus tard. On apprend comment bien se protéger. »